Afrique du Sud : la rhétorique antimusulmane en ligne se heurte à une réalité plus nuancée sur le terrain
Lorsque Zwelibi Jack Ngubane s'est éteint à l'âge de 105 ans, sa famille a honoré sa dernière volonté : être inhumé selon les rites musulmans. Des centaines de personnes ont assisté à ses funérailles à Nquthu, une zone rurale d'Afrique du Sud où les musulmans sont une infime minorité. Selon un reportage d'Al Jazeera publié le 30 août 2026, l'événement a été perçu comme une nouveauté, mais pas comme une controverse — un contraste frappant avec la rhétorique antimusulmane qui gagne du terrain sur les réseaux sociaux sud-africains.
Contexte
Ces derniers mois, des messages hostiles envers les musulmans se sont multipliés en ligne en Afrique du Sud, croisant un débat national houleux sur l'immigration et les mouvements antimigrants. Certaines publications accusent les musulmans de vouloir « prendre le contrôle » du pays, rapporte la journaliste Qaanitah Hunter.
Or, sur le terrain, le tableau est différent. À Nquthu, dans le nord de la province du KwaZulu-Natal, où le christianisme et les croyances africaines traditionnelles dominent, la communauté musulmane est certes très réduite, mais elle coexiste avec ses voisins — comme en témoignent les funérailles de Ngubane ou l'action solidaire de Khethukuthula Dlame, qui distribue de l'aide aux membres de sa communauté.
Cette dynamique — un discours de rejet en ligne face à des réalités locales plus apaisées — n'est pas propre à l'Afrique du Sud. En Europe, et en Belgique en particulier, la question de l'islamophobie numérique et de son interaction avec les débats sur la migration fait également l'objet d'une attention croissante de la part des acteurs de la société civile et des institutions.
Détails
Zwelibi Jack Ngubane s'est converti à l'islam tardivement dans sa vie, après avoir observé la foi de son jeune petit-fils. À sa mort, sa famille a respecté ses volontés : les funérailles ont été conduites selon les rites funéraires musulmans, avant qu'il ne repose dans la parcelle familiale de son village.
Pour une communauté largement peu familière des pratiques d'inhumation islamiques, ces funérailles ont constitué une première. Mais, souligne Al Jazeera, elles n'ont déclenché aucune controverse locale — une distinction devenue importante dans le contexte sud-africain actuel.
Le reportage illustre également le rôle social des habitants de la région : Khethukuthula Dlame, figure locale citée, distribue de l'aide à Nquthu, contribuant à la cohésion de sa communauté.
En parallèle, la rhétorique antimusulmane en ligne s'intensifie, alimentée par des accusations de « prise de contrôle » du pays, dans un climat national marqué par les tensions autour de l'immigration. Le récit numérique et la vie quotidienne semblent ainsi évoluer sur deux plans séparés.
Conclusion
Le cas sud-africain rappelle un constat partagé par plusieurs observateurs en Europe : le décalage entre les discours de haine ou de peur diffusés en ligne et les réalités vécues dans les quartiers, les villages et les lieux de travail. En Belgique, où la communauté musulmane fait partie intégrante du paysage social, notamment à Bruxelles et à Anvers, les discours de haine en ligne sont notamment suivis par Unia, le centre interfédéral pour l'égalité des chances.
À l'avenir, la capacité à documenter ces réalités de terrain — comme le fait ce reportage à Nquthu — pourrait constituer un contrepoids utile aux récits anxiogènes qui circulent sur