Introduction
La Grande Mosquée de Bruxelles, située au cœur du Parc du Cinquantenaire, est un édifice emblématique de la capitale belge. Architecture singulière et lieu de culte central, elle occupe une place de premier plan au sein de la communauté musulmane de Belgique. Récemment, le bâtiment a fait l'objet d'une attention médiatique accrue en raison de son changement de tutelle et de l'urgence de sa situation structurelle. Cet article retrace l'histoire de ce lieu unique, ses récentes transitions administratives et les défis auxquels il est confronté aujourd'hui.
Histoire riche
L'histoire du bâtiment débute en 1897, lorsqu'il est construit par l'architecte Ernest Van Humbeeck pour servir de pavillon oriental lors de l'Exposition internationale de Bruxelles. De style arabe moderne et mauresque, le bâtiment abrite alors le monumental « Panorama du Caire », une œuvre du peintre Émile Wauters. Après l'exposition, la structure perd sa vocation initiale, est laissée à l'abandon et subit de lourds dégâts causés par l'humidité.
En 1967, lors d'une visite officielle en Belgique, le roi Baudouin offre ce pavillon délabré au roi d'Arabie saoudite, Fayçal. D'importants travaux de restauration sont entrepris entre 1975 et 1977, intégralement financés par l'Arabie saoudite et dirigés par l'architecte tunisien Mongi Boubaker. Le 18 novembre 1976, le bâtiment est officiellement classé au patrimoine de Belgique, avant d'être inauguré comme mosquée en 1978. L'architecture de l'édifice est remarquable : il comprend une rotonde à 16 pans de 38 mètres de diamètre, construite en brique, marbre et fer, ainsi qu'un minaret de 40 mètres surmonté d'un bulbe. La décoration intérieure a bénéficié de l'apport du roi Hassan II du Maroc, tandis que l'autel a été offert par la Tunisie.
Transition et gestion
Pendant plusieurs décennies, le lieu est géré par le Centre islamique et culturel de Belgique, sous l'égide de la Ligue islamique mondiale. Cependant, à la suite des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles, la mosquée est pointée du doigt par les autorités publiques comme étant un foyer d'influence salafiste. Cette période de tensions aboutit, en 2017, à l'expulsion du territoire belge de l'imam égyptien Abdelhadi Sewif par le secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration, Theo Francken.
Le 15 mars 2018, l'État belge décide de résilier la convention qui le liait au Centre islamique et culturel de Belgique. Le 1er avril 2019, la gestion de l'édifice est officiellement transférée à l'Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB), marquant un tournant avec une influence désormais marocaine sur la gestion du lieu. Le changement de tutelle s'accompagne de remous administratifs : le 15 décembre 2020, le directeur de la mosquée, Salah Echallaoui, démissionne sous la pression du ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne. Finalement, en juin 2023, ce dernier confie la gestion de l'institution à Michaël Privot, issu du Conseil musulman de Belgique.
État actuel
En 2025 et 2026, la Grande Mosquée de Bruxelles fait face à une urgence immobilière majeure. Le bâtiment, qui n'a fait l'objet d'aucune isolation depuis sa transformation d'origine, est aujourd'hui extrêmement vétuste. Les infiltrations d'humidité et l'état de dégradation avancé de la charpente ont généré un réel risque d'effondrement de certaines structures.
Face au danger que représente la vétusté du minaret, le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, a pris la décision en 2025 de faire emballer la tour dans un filet de sécurité. Malgré l'ampleur des travaux à réaliser, la mosquée du Cinquantenaire reste ouverte aux fidèles, mais les autorités et les gestionnaires soulignent l'impérieuse nécessité d'engager des rénovations structurelles de grande envergure pour garantir la sécurité du public.
Conclusion
La Grande Mosquée de Bruxelles est bien plus qu'un simple lieu de culte ; elle est un témoin historique de la présence et de l'implantation de la communauté musulmane en Belgique. Son architecture atypique, fruit d'une histoire partagée entre la Belgique et le monde arabe, en fait un élément incontournable du patrimoine bruxellois. Les défis structurels et de sécurisation actuels demanderont des moyens importants afin de préserver ce bâtiment classé. Son avenir dépendra de la capacité des autorités publiques et des instances musulmanes locales à collaborer pour la sauvegarde de ce lieu emblématique.